l Étude  
   

La place de l'enseignement des religions à l'école

Chaque année, le Grand Orient de France propose aux loges de réfléchir sur un certain nombre de questions. Chaque loge doit produire un rapport succinct qui sera d'abord synthétisé au niveau régional lors des différents congrès, puis au niveau national lors du convent. En 2003, L'Alliance Écossaise s’interrogeait sur la place de l’enseignement des religions à l’école.

En 1880, Jules Ferry promulguait la loi sur l’école gratuite et obligatoire qui allait permettre aux enfants des classes les plus pauvres d’accéder au savoir, jusque là exclusivement réservé à la bourgeoisie aisée, instruite dans des établissements religieux payants. En 1905, la loi consacrait la séparation de l’Église et de l’État en France. Ainsi se construisait le droit à l’instruction pour tous, dans un cadre laïque, débarrassé de la tutelle de l’église catholique.

Aujourd’hui, même si les l’églises maintiennent leurs pressions pour peser sur l’enseignement et la vie publique, elles n’ont plus le poids moral qu’elles avaient au début du siècle. Le principal problème qui se pose maintenant à l’école publique est la multiplicité des cultures qui se superpose au faible niveau social, dans des zones où l’on trouve une forte densité de populations d’immigration récente.

La difficulté d’intégration des jeunes qui en sont issus, dans le contexte contemporain de guerre économique engendré par la mondialisation, conduit souvent au réflexe du repli identitaire. Celui-ci prend fréquemment la forme d’un retour ostentatoire à la religion. La religion revient donc à l’école par le biais du mixage culturel qu’il faut accepter et même considérer comme un enrichissement, à condition qu’il se développe dans un contexte laïque.

C’est pourquoi l’école ne peut se voiler la face en ignorant la question religieuse, mais elle doit la traiter en appliquant ce que l’on pourrait appeler une déontologie laïque.

À ceux qui s’opposent à tout enseignement abordant la question religieuse à l’école, on peut répondre qu’aucun enseignement historique ou culturel n’est possible sans aborder les religions qui sont au coeur de l’évolution humaine. Que l’inculture, en matière de religion comme ailleurs, peut faciliter le travail d’embrigadement des militants du prosélytisme religieux (n’oublions pas que la religion est un excellent moyen de contrôle et de domination des populations).

La question posée précise bien le but de cet enseignement qui, à l’opposé du prosélytisme très souvent développé par les clercs de toutes les religions, doit favoriser la liberté de conscience, l’esprit critique et la citoyenneté républicaine. La question indique également l’une des clés de la méthode à employer, à savoir présenter une histoire comparée des religions, donc montrer qu’elles sont multiples, qu’elles relèvent de la croyance, de l’option philosophique personnelle, d’un choix intime, domaines dans lesquels il ne peut y avoir de vérité qui s’imposerait à tous. On peut ici indiquer quelques écueils à éviter et proposer quelques pistes à suivre.

L’enseignement, même s’il ne peut faire l’économie d’une présentation minimum du contenu des dogmes, ne doit pas faire l’exégèse de la religion. La neutralité d’une présentation laïque impose que l’on traite du fait religieux à travers ses manifestations historiques, économiques, sociologiques ou artistiques et non de la valeur ou de l’intérêt supposé de telle ou telle religion. Le fait d’aborder les religions dans un cours spécifique conduirait inévitablement à cette dérive en faisant de chaque religion un sujet. Cette position, opposée au cours de religion en tant que tel, évite également le risque de voir cet enseignement revendiqué par des représentants des diverses religions, qui ne manqueraient pas de se présenter comme les meilleurs spécialistes du sujet, chacun pour leur religion. La question religieuse doit donc être abordée sous ses différents aspects dans les cours d’histoire, de géographie ou d’éducation artistique puis par une réflexion globale dans le cours de philosophie en classe de Terminale.

La formation des maîtres pour exercer cet enseignement est donc fondamentale. La proposition de Régis Debray, dans son rapport au ministre de l'Éducation nationale, de constituer dans les Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) un module d’enseignement obligatoire intitulé Philosophie de la laïcité et histoire des Religions nous paraît donc à retenir.

L’approche du fait religieux ainsi présenté ne doit pas passer sous silence l’athéisme. Il faut insister sur le fait que l’athée et l’agnostique sont tout aussi respectables que le croyant.

En conclusion, l’appréhension du phénomène religieux à l’école doit être l’occasion d’apporter à l’enfant, dès son plus jeune âge, une ouverture sur les autres en lui montrant de manière positive que ses camarades peuvent être différents de lui sur le plan des croyances. C’est l’exercice de sa liberté de conscience qu’il convient ainsi de développer.